Je ne comprends pas trop le désir de certaines d'accoucher absolument sans péridurale. Un jour, je reçois une femme en salle d'accouchement. Elle veut un
accouchement le moins médicalisé possible, aimerait ne pas être clouée au lit, pas de perfusion, pas d'ocytocine (hormone qui donnent des contractions) etc... bref, un désir relativement classique
et censé. Manque de chance, pour diverses raisons le travail doit être déclenché et sa maternité n'est pas réputée pour être la plus physiologique de la région. On essaye malgré tout de faire au
moins pire, dans sa chambre on provoque des contractions en agissant directement sur le col et on la transfert au bloc d'accouchement le plus tard possible.
Une fois dans la salle de naissance nous faisons connaissance et elle m'explique ce qu'elle voudrait. Je lui dis qu'effectivement couchée sur le dos n'est pas vraiment la meilleure position pour supporter les contractions mais qu'il faudrait au moins 30 minutes rester sur le lit pour enregistrer le coeur du bébé et les contractions, ce qui ne l'empêchera pas de bouger dans le lit. Je lui explique également qu'il faut qu'on lui mette un catheter pour pouvoir agir très rapidement s'il y a un soucis. Personellement je trouve l'idée de placer un catheter obturé (c'est à dire non relié à une poche) idéal chez des femmes ne voulant pas de péridurale, ça allie sécurité (il se passe quelle chose, hop on peut agir en 3 secondes) et la gêne pour la patiente est minime (pas de tuyau limitant les mouvements), mais bon, là elle avait quand même sa poche mais comme de toute façon monitoring oblige elle ne pouvait pas quitter le lit ca ne change pas grand chose. On rompt ensuite la poche des eaux pour tenter d'augmenter les contractions sans utilisation d'ocytocine. Dans un premier temps ca ne fait pas grand chose. Je vais même jusqu'à préparer le produit. Une heure après, les contractions ne sont toujours pas tellement au rendez-vous mais le col ayant un peu bougé la sage-femme décide de retarder la mise en place d'ocytociques puisqu'après tout, ce qu'on demande aux contractions ce n'est pas d'être nombreuses et intenses comme dans les livres, mais d'agir sur le col.
Quelques minutes plus tard elles s'intensifient et se rapprochent. La femme souffre de plus en plus et on ne la rassure pas vraiment en lui disant que son bébé est encore "haut" ce qui signifie qu'elle en a encore pour quelques temps. Si elle veut la péridurale il est encore temps. Elle nous répond qu'elle veut tenir encore. C'est là que je ne comprends pas tellement. Pour moins le gros plus d'un travail sans péridurale c'est de pouvoir bouger mais si on est déjà cloué au lit, pourquoi souffir, à mon sens inutilement? Une péri faiblement dosée (je trouve ca triste les péri qui plombe au point de ne plus sentir l'envie de pousser), permettant de bouger dans le lit et de sentir les contractions sans avoir mal c'est pas chouette? En tout cas, je sens que ne pas avoir de péridurale c'est peut être le seul désir réalisé que cette femme pourra avoir de son accouchement avec bien sûr un bébé en bonne santé ce qui (avec la maman en bonne santé) est le principal dans un accouchement. Je décide donc de rester avec elle de l'aider régulièrement à changer de position dans le lit. Je me dis que se retrouver toute seule dans sa salle d'accouchement à souffrir dans son lit c'est un peu inhumain et qu'il y a pas mal de chances pour qu'elle "craque" pour la péri si elle se retrouve dans cette situation. Malheureusement, vu le nombre d'accouchements (une dizaine ce jour là), vu le nombre de sages-femmes (même pas une demi-main), si l'étudiant qui a -un peu- le luxe de pouvoir dépenser du temps auprès des patientes ne reste pas, personne ne pourra le faire.
Ce n'est pas son premier accouchement et avec les "bonnes" contractions qu'elle a le col va surement se dilater vite et le bébé descendre d'un coup à la fin ce n'est donc que peu rassurée que je reste avec elle. Au final, effectivement, naissance express. Le bébé qui 5 minutes avant n'était qu'à peine engagé dans le bassin se retrouve sur sa mère, moi soulagée d'avoir pu appeler la sf à temps, la maman toute contente et fière d'avoir résisté à la péridurale. C'est d'ailleurs le cas de quasiment toutes les femmes qui accouchent sans péri, elles sont fières, ne pas avoir de péri étant une sorte de défi.
Enfin bon, en conclusion tout est bien qui finit bien, travail rapide (2-3 heures), j'avoue avoir eu une bonne tite décharge d'adrénaline ce jour là et avoir eu un peu de mal à m'endormir.
Une fois dans la salle de naissance nous faisons connaissance et elle m'explique ce qu'elle voudrait. Je lui dis qu'effectivement couchée sur le dos n'est pas vraiment la meilleure position pour supporter les contractions mais qu'il faudrait au moins 30 minutes rester sur le lit pour enregistrer le coeur du bébé et les contractions, ce qui ne l'empêchera pas de bouger dans le lit. Je lui explique également qu'il faut qu'on lui mette un catheter pour pouvoir agir très rapidement s'il y a un soucis. Personellement je trouve l'idée de placer un catheter obturé (c'est à dire non relié à une poche) idéal chez des femmes ne voulant pas de péridurale, ça allie sécurité (il se passe quelle chose, hop on peut agir en 3 secondes) et la gêne pour la patiente est minime (pas de tuyau limitant les mouvements), mais bon, là elle avait quand même sa poche mais comme de toute façon monitoring oblige elle ne pouvait pas quitter le lit ca ne change pas grand chose. On rompt ensuite la poche des eaux pour tenter d'augmenter les contractions sans utilisation d'ocytocine. Dans un premier temps ca ne fait pas grand chose. Je vais même jusqu'à préparer le produit. Une heure après, les contractions ne sont toujours pas tellement au rendez-vous mais le col ayant un peu bougé la sage-femme décide de retarder la mise en place d'ocytociques puisqu'après tout, ce qu'on demande aux contractions ce n'est pas d'être nombreuses et intenses comme dans les livres, mais d'agir sur le col.
Quelques minutes plus tard elles s'intensifient et se rapprochent. La femme souffre de plus en plus et on ne la rassure pas vraiment en lui disant que son bébé est encore "haut" ce qui signifie qu'elle en a encore pour quelques temps. Si elle veut la péridurale il est encore temps. Elle nous répond qu'elle veut tenir encore. C'est là que je ne comprends pas tellement. Pour moins le gros plus d'un travail sans péridurale c'est de pouvoir bouger mais si on est déjà cloué au lit, pourquoi souffir, à mon sens inutilement? Une péri faiblement dosée (je trouve ca triste les péri qui plombe au point de ne plus sentir l'envie de pousser), permettant de bouger dans le lit et de sentir les contractions sans avoir mal c'est pas chouette? En tout cas, je sens que ne pas avoir de péridurale c'est peut être le seul désir réalisé que cette femme pourra avoir de son accouchement avec bien sûr un bébé en bonne santé ce qui (avec la maman en bonne santé) est le principal dans un accouchement. Je décide donc de rester avec elle de l'aider régulièrement à changer de position dans le lit. Je me dis que se retrouver toute seule dans sa salle d'accouchement à souffrir dans son lit c'est un peu inhumain et qu'il y a pas mal de chances pour qu'elle "craque" pour la péri si elle se retrouve dans cette situation. Malheureusement, vu le nombre d'accouchements (une dizaine ce jour là), vu le nombre de sages-femmes (même pas une demi-main), si l'étudiant qui a -un peu- le luxe de pouvoir dépenser du temps auprès des patientes ne reste pas, personne ne pourra le faire.
Ce n'est pas son premier accouchement et avec les "bonnes" contractions qu'elle a le col va surement se dilater vite et le bébé descendre d'un coup à la fin ce n'est donc que peu rassurée que je reste avec elle. Au final, effectivement, naissance express. Le bébé qui 5 minutes avant n'était qu'à peine engagé dans le bassin se retrouve sur sa mère, moi soulagée d'avoir pu appeler la sf à temps, la maman toute contente et fière d'avoir résisté à la péridurale. C'est d'ailleurs le cas de quasiment toutes les femmes qui accouchent sans péri, elles sont fières, ne pas avoir de péri étant une sorte de défi.
Enfin bon, en conclusion tout est bien qui finit bien, travail rapide (2-3 heures), j'avoue avoir eu une bonne tite décharge d'adrénaline ce jour là et avoir eu un peu de mal à m'endormir.
Commentaires
Je travaille dans une mat de niveau 1 et si tout se passe bien, j'y accoucherai accompagnée de la collègue qui me suis. Je pars en voulant faire sans péri, et j'espère tenir comme ça. Je comprends cette femme qui n'en veut pas. A l'heure actuelle, c'est tellement facile de la prendre que les femmes qui n'en prennent pas se sentent fières d'elles. Et le fait de souffrir pendant le travail et l'accouchement reste un mal pour un bien ! On vit ça tellement peu de fois dans sa vie que de dépasser ses limites est valorisant pour soi même et on se sent plus active (dixit celles qui ont fait sans péri et avec qui j'ai pu bien discuter de ça). Je te dirai après mon accouchement comment ça c'est passé pour moi !
commentaire n° : 2
posté par :
Aurelie
(site web)
le: 13/02/2008 09:52:42
Je comprends bien qu'on puisse être fière de soit après tout un travail et un accouchement sans péri mais si les femmes ont besoin de ça pour se sentir fortes et valorisées c'est peut-être qu'il y a un truc qui cloche quelque part. Sans péri clouée au lit (et heureusement qu'on a évité le synto) je tique un peu, mais bon, je tique également voir plus lorsqu'on a la situation clouée au lit ne pouvant quasiment plus bouger les jambes, la femme est alors une allégorie....d'un sac de patates inerte et pour le coup ca dépossède "un peu" de l'accouchement oui.
Quoiqu'il en soit joyeux accouchement ;-)
Quoiqu'il en soit joyeux accouchement ;-)
réponse de : schiz (site web)
le: 13/02/2008 11:06:49
judéo-chrétien, non ?
d'une autre côté, ç a ma rappelle une patiente (4 gamins) il y a qq années "les hommes ne savent pas ce qu'est la douleur, ils n'accouchent pas" comme je souris en coin : "évidemment, vous êtes un homme !"
quelques semaines plus tard, colique néphrétique, 3 jours sous pompe à morphine
elle m'a dit préférer accoucher -)))
d'une autre côté, ç a ma rappelle une patiente (4 gamins) il y a qq années "les hommes ne savent pas ce qu'est la douleur, ils n'accouchent pas" comme je souris en coin : "évidemment, vous êtes un homme !"
quelques semaines plus tard, colique néphrétique, 3 jours sous pompe à morphine
elle m'a dit préférer accoucher -)))
commentaire n° : 3
posté par :
le toubib
le: 13/02/2008 14:25:01
Oui c'est très chrétien d'avoir mal et il faut avouer que tu enfanteras dans la douleur est plus grave et dramaturge que tu urineras dans la douleur.
Ceci dit, pour les millions de gens qui me lisent chaque jour, je tiens à préciser qu'avec ou sans péridurale, un accouchement n'est pas forcément un moment d'atroces souffrances comme on peut le voir dans les téléfilms de l'après-midi relatant la bataille d'une mère en colère pour retrouver son enfant enlevé par un mari psychopathe.
Ceci dit, pour les millions de gens qui me lisent chaque jour, je tiens à préciser qu'avec ou sans péridurale, un accouchement n'est pas forcément un moment d'atroces souffrances comme on peut le voir dans les téléfilms de l'après-midi relatant la bataille d'une mère en colère pour retrouver son enfant enlevé par un mari psychopathe.
réponse de : schiz (site web)
le: 13/02/2008 16:05:56
Sans péri, tu peux déambuler plus facilement (peu de péri déambulatoire à l'heure actuelle...). Et justement sans péri, je ne cloue pas mes patientes dans un lit, au contraire.
commentaire n° : 4
posté par :
Aurelie
(site web)
le: 13/02/2008 17:17:24
Tout à fait, c'est ce que je dis dans l'article, le gros plus de ne pas avoir de péri c'est entre autre pouvoir bouger. Dans le cas dont je parle la patiente avait son monito interne (pratique courante là bas) donc un peu obligée de rester sur le lit ce qui ne doit vraiment pas être des plus agréable avec les contractions.
réponse de : schiz (site web)
le: 13/02/2008 18:06:32





Je comprends les femmes qui ne veulent pas de péri...
Mais effectivement ds ce cas là, elle a eu tout le reste, alors à quoi bon souffrir ?
La question pour moi ; pourquoi a t'elle accouché là ? (je sais bien qu'on a pas vraiment le choix et que même notre ancienne maison de naissance n'en a plus que le nom...)
Vivement les maisons de naissances !
SI ça se fait un jour, touss, touss...